Acteur, créateur de contenu, satiriste et réalisateur, Zaddy Sokoh partage avec nous son parcours de Nollywood à la narration numérique. Il évoque la naissance fortuite de “Honourable Zaddy”, son rapport à la célébrité et d’autres sujets.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager dans la comédie et la création de contenu, notamment en passant de l’interprétation traditionnelle à la construction de Sokoh TV ?
Dans ma région, nous sommes tous des comédiens par nature. Chaque Urhobo, notamment des secteurs d’Ughelli et de Warri, possède un sens de l’humour inné. Mon attirance pour Nollywood remonte à l’époque des vidéoclubs. Des acteurs comme Nkem Owoh et Okey Bakassi ont nourri mon désir de devenir comédien.
Mon passage de Nollywood traditionnel à ma marque de contenu personnel est principalement dû à la centralisation des opportunités dans l’industrie. Les producteurs et directeurs dominent le marché, rendant difficile l’accès pour les nouveaux venus. Après avoir assisté à de nombreuses auditions, j’ai décidé de me tourner vers l’écriture de scénarios pour subvenir à mes besoins, en attendant mon heure. J’ai eu ma chance grâce à WAPTV vers 2012/2013, ce qui m’a permis de développer mes compétences en comédie.
Grâce à des plateformes comme YouTube, j’ai pu échapper à cette centralisation. Cela a permis de différencier les talents authentiques des autres.
En quoi votre formation en études littéraires a-t-elle influencé votre écriture de scénarios et votre style comique ?
Notre culture nous façonne en tant que narrateurs. Mes études en anglais et en littérature ont affiné ma capacité à raconter des histoires, surtout en matière d’humour. J’ai appris à manipuler le langage pour créer des récits qui captivent et divertissent, tout en offrant une réflexion.
J’ai eu l’opportunité de travailler sur diverses productions, mais tout cela m’a permis de ne jamais perdre de vue ma voix créative unique.
Comment le personnage “Honourable Zaddy” a-t-il été créé, et quelles sont vos aspirations à travers lui ?
“Honourable Zaddy”, au départ, était un simple sketch politique dont le but était d’éveiller les consciences pendant les dernières élections. À ma grande surprise, la vidéo est devenue virale après avoir été postée sans grande attente de ma part. Cela m’a poussé à explorer davantage ce personnage, et ainsi a commencé une nouvelle aventure.
Comment parvenez-vous à concilier votre carrière avec votre vie de famille ?
En tant que propriétaire de Sokoh TV, je n’ai pas la vie habituelle d’un acteur se déplaçant d’un tournage à l’autre. Je choisis mes projets et m’organise à ma guise, ce qui m’aide à mieux gérer ma vie de famille et ma carrière.
En quoi votre mariage a-t-il modifié votre approche de la vie et de votre carrière ?
C’est un sujet sensible que je préfère aborder avec prudence (sourires).
En tant qu’Urhobo, comment votre héritage influence-t-il votre œuvre ?
Grandir dans la culture Urhobo m’a naturellement doté d’un sens inné de l’humour. Mon héritage contribue à chaque projet que je réalise, enrichissant mon contenu par des éléments culturels, des proverbes et un esprit de résilience propre à ma communauté.
Comment vous détendez-vous face aux exigences de votre carrière ?
La situation économique actuelle ne facilite pas vraiment la détente, mais j’essaie de m’évader en conduisant ou en regardant des documentaires tranquillement chez moi.
Quels principes guident votre vie, et comment les transmettez-vous aux jeunes de l’industrie ?
Je prône la discipline, l’honnêteté et l’engagement envers mon travail. En mentorant les jeunes talents, j’essaie de partager tant mes réussites que mes erreurs, en veillant à rester intègre en tout temps.
Comment réagissez-vous aux accusations selon lesquelles certains créateurs se moquent de sujets sérieux ?
La satire a sa place dans la critique sociale, mais elle doit se faire sans promouvoir la haine. J’aspire à utiliser l’humour pour souligner des réalités dérangeantes, en évitant de blesser qui que ce soit.
Quelles réformes sont nécessaires pour Nollywood et la création de contenu au Nigeria ?
Il est essentiel que le gouvernement reconnaisse l’importance de l’industrie du divertissement et soutienne les créateurs en mettant en place des structures et des ressources adéquates pour garantir un développement sain du secteur.
Avez-vous déjà envisagé d’abandonner le secteur en raison de pressions financières ?
Oui, par le passé, des moments difficiles m’ont fait penser à abandonner, mais un vrai créateur ne peut pas vraiment renoncer. Au lieu de cela, nous nous réajustons et revenons avec plus de force.
Y a-t-il des aspects de votre vie que vous préférez garder privés ?
Oui, je suis une personne assez réservée. En dehors de mon travail, je garde ma vie personnelle à l’abri des projecteurs.
Quelles pratiques injustes persiste dans l’industrie et nécessitent une réforme urgente ?
Les barrières et l’exclusivité dans l’accès aux opportunités pour les jeunes créateurs sont primordiales à déconstruire afin d’ouvrir la voie à de nouvelles voix dans le domaine.
Que diriez-vous à ceux qui vous perçoivent comme l’incarnation de l’infidélité à travers vos rôles ?
Le personnage que je joue est fictif. La séparation entre la vie réelle et la fiction est parfois floue pour certains, mais il est essentiel de comprendre que chaque rôle est avant tout une performance artistique.
Points à retenir
- L’humour est fortement enraciné dans la culture Urhobo de Zaddy Sokoh.
- La plateforme numérique a permis à de nouveaux créateurs d’émerger sans les restrictions traditionnelles de l’industrie.
- La satire politique peut être un moyen efficace d’éveiller les consciences.
- Le soutien gouvernemental à l’industrie du divertissement est crucial pour son développement.
- Les valeurs telles que l’honnêteté et la discipline jouent un rôle clé dans le succès d’un créateur.
Le parcours de Zaddy Sokoh incarne la lutte et l’innovation dans un secteur souvent sous-estimé. Son histoire nous invite à réfléchir sur la nature même de la création artistique : jusqu’où est-elle influencée par notre identité et nos racines culturelles ? Cela soulève aussi des questions sur la responsabilité des créateurs à naviguer entre divertissement et engagement social, mettant en lumière le rôle essentiel de l’art dans la société contemporaine.

