Les professionnels du secteur font face à une crise de licenciements générationnelle.
À un moment où les travailleurs devraient anticiper la fin de l’année, prendre un congé et passer du temps avec leur famille pendant les fêtes, l’anxiété et l’incertitude atteignent des sommets.
Le rapport salarial 2025 du Conseil de la Publicité d’Australie a révélé un taux de licenciement de 11 % sur les 12 mois jusqu’en mars 2025, contre une fourchette habituelle de 5 à 7 %. Le PDG d’Omnicom a annoncé 4 000 suppressions de postes d’ici la fin de l’année en raison de la fusion avec IPG. Endeavour Group, Nine, Seven West Media, News Corp et Menulog ont également procédé à des réductions significatives.
Les causes sont multiples : pression économique, IA, automatisation, changement structurel et nouveaux modèles opérationnels jouent tous un rôle. Cependant, quelle que soit la raison, l’expérience des personnes touchées reste profondément personnelle.
Plusieurs professionnels du marketing, cumulant des décennies d’expérience, ont partagé leurs réflexions sur les licenciements, des forces structurelles remodelant l’industrie aux conséquences émotionnelles de la perte d’un emploi, en passant par la valeur cachée de l’expérience dans un monde dominé par l’IA et des stratégies pratiques pour rebondir. Leurs perspectives apportent une lueur d’espoir en cette période difficile.
Satya Upadhyaya, Leader en Technologie Marketing
Analyse d’une expérience personnelle
Le licenciement arrive rarement sans préavis. Il se manifeste souvent de façon abrupte, enveloppé de formulations polies, ou avec un air d’inévitabilité corporate. Peu importe la manière dont le message est délivré, il peut provoquer un profond bouleversement.
Au cours des 24 derniers mois, j’ai vécu trois licenciements, et six au total dans ma carrière. Chaque poste était axé sur la résolution de défis majeurs en technologie marketing. J’étais là pour mener des transformations. Mes performances étaient excellentes. Pourtant, les changements stratégiques ont balayé ces rôles.
Ce paradoxe du travail moderne est révélateur : vous pouvez exceller et vous retrouver sans emploi, non pas par échec, mais en raison du changement.
Comprendre les raisons des licenciements
Les entreprises modifient fréquemment leur stratégie. Les pressions du marché imposent des réductions de coûts. Les conseils d’administration réévaluent leurs priorités. De nouveaux dirigeants changent de direction en arrêtant les initiatives en cours. L’automatisation remplace des tâches plus rapidement que les organisations n’arrivent à s’adapter. Vous pouvez être exceptionnel dans votre travail et être touché par des licenciements.
Prendre conscience de ces forces externes m’a permis de libérer un poids émotionnel. Être licencié ne signifie pas que j’avais mal évalué ou que j’avais sous-performé, mais simplement que l’organisation traversait une transition dont je ne faisais plus partie.
Vulnérabilité versus disponibilité
Il y a eu un moment décisif. Je me suis retrouvé fatigué d’expliquer que j’étais “entre deux postes” ou “en transition”. Ces phrases sonnaient comme des excuses.
Puis une idée a émergé : je ne suis pas vulnérable. Je suis disponible.
Ce mot a tout changé. La vulnérabilité ressemblait à une perte, alors que la disponibilité évoquait l’ouverture et les possibilités. Mes échanges avec les recruteurs ont alors changé. Je n’étais plus perçu comme quelqu’un cherchant à se rétablir, mais comme une personne prête à contribuer.
Leçons tirées de 100 conversations
Au cours des semaines suivantes, j’ai échangé avec de nombreuses personnes : collègues, dirigeants, recruteurs, professionnels des ressources humaines et pairs confrontés aux licenciements. Voici ce que j’ai appris :
- Le marché australien compte entre 6 000 et 8 000 recruteurs, dont la plupart sont débordés.
- Les cabinets de recrutement exécutifs sont les plus structurés.
- Beaucoup de recruteurs sont généralistes et ont du mal à saisir les enjeux du MarTech, de l’IA ou de l’automatisation.
- Le marché n’est pas lent, il est en transition. Les entreprises recrutent différemment.
- Les recommandations internes et les connexions réseau ouvrent plus de portes que les plateformes d’emploi.
Ce que les licenciements enseignent sur le leadership
Les licenciements m’ont appris l’humilité, car nul n’est immunisé face à un changement structurel. Cela a éveillé l’empathie, renforçant ma compréhension des luttes des autres. Cela a redéfini ma perspective, me permettant de dissocier ma valeur des postes occupés. Surtout, cela m’a enseigné que le leadership se définit par notre capacité à guider, soutenir et élever autrui, surtout en période d’incertitude.
Le licenciement ne vous diminue pas. Il vous libère.
Points à retenir
- La crise des licenciements en Australie touche plusieurs secteurs et dépasse le cadre individuel.
- Il est essentiel de ne pas confondre la valeur personnelle avec la position occupée dans une entreprise.
- L’accès à l’expérience et à la connaissance tacite est indispensable pour maintenir la qualité des décisions au sein des organisations.
- L’IA ne remplace pas l’intuition humaine et le discernement, encore moins l’expérience personnelle.
En somme, la dynamique des licenciements soulève une question cruciale : comment les professionnels et les entreprises peuvent-ils naviguer dans cette mer tumultueuse tout en préservant leur essence et leur valeur ajoutée ? Il s’agit d’une réflexion sur la capacité d’adaptation, celle qui permet à l’individu comme à l’organisation d’évoluer et de se réinventer en permanence. Engageons-nous dans cette discussion enrichissante, en nous interrogeant sur les voies futures possibles dans le monde du travail.

