Radhika partage sa passion pour les chutneys épicés et ses plats de nouilles au safran lors de ses pauses déjeuner, bien qu’elle ne puisse rien goûter. La raison ? Radhika fait partie d’une nouvelle génération d’influenceurs de voyage générés par l’intelligence artificielle, qui envahissent discrètement les réseaux sociaux. Les agences de tourisme et les entreprises du secteur cherchent à réduire leurs coûts, à accélérer la création de contenu et à maîtriser leur message, comme le soulignent des sources du secteur. Selon l’Indice de valeur des voyageurs d’Expedia, 73 % des consommateurs se disent influencés par un influenceur dans leurs décisions de voyage, une proportion qui grimpe à 84 % parmi les moins de 40 ans.
Alors que les influenceurs humains peuvent faire payer jusqu’à 100 000 dollars ou plus pour un seul post, selon Steve Morris, fondateur d’une agence de marketing, les avatars IA n’ont pas besoin de vols, de chambres d’hôtel ou de frais journaliers. Ces avatars, souvent des femmes jeunes et séduisantes, sont conçus pour paraître réels. Par exemple, le bureau du tourisme allemand utilise “Emma”, une “conteuse numérique”, pour faire la promotion du pays viticole. Certains abonnés laissent des cœurs ou des commentaires flirteux, tandis que d’autres dénoncent la nature artificielle de ces comptes.
Les influenceurs humains considèrent cette tendance comme une menace directe. Jen Ruiz, créatrice de contenu dans le domaine du voyage, évoque un “tumulte” parmi ses pairs qui estiment être remplacés par des entités qui ne voyagent pas réellement. Christiana Ballayan, influenceuse lifestyle avec plus de 5 millions de suiveurs, constate que de nombreux hôtels réduisent leurs avantages et leurs rémunérations, car ils disposent aujourd’hui d’une autre option publicitaire : l’IA. Pour les marques, les chiffres parlent d’eux-mêmes : un avatar standard peut coûter entre 500 et 2 000 dollars, tandis que des “personnages synthétiques” entièrement personnalisés, et apprenant en continu, peuvent atteindre jusqu’à 15 000 dollars, un coût bien inférieur à celui de séances photo répétées avec des talents humains.
Les experts du marketing de voyage soulignent toutefois que l’IA n’est pas conçue pour remplacer complètement les humains. Qatar Airways, par exemple, précise vouloir utiliser les deux. Cependant, des spécialistes prévoient que ces influenceurs virtuels deviendront progressivement plus “agents”, capables non seulement de recommander des hôtels, mais aussi de les réserver ou de faire des réservations au restaurant. À mesure que la qualité d’image et le réalisme s’améliorent, il deviendra probablement plus difficile de distinguer l’expérience imparfaite d’un voyageur humain de la fantaisie créée par une IA. Pour certains utilisateurs, c’est une raison supplémentaire de rester vigilants. Un jeune réalisateur de 28 ans fait remarquer que les réseaux sociaux semblent déjà “faux et creux” ; le fait que certains flux de voyage palpitants ne soient liés à aucune vie réelle n’accentue que davantage cette impression d’inauthenticité.
Points à retenir
- La création de contenu par des influenceurs IA permet de réduire les coûts pour les entreprises.
- Les avancements technologiques rendent les avatars de plus en plus réalistes.
- Les influenceurs humains expriment des inquiétudes quant à leur avenir face à cette tendance.
- Les marques doivent jongler entre l’IA et les influenceurs humains pour atteindre leurs objectifs marketing.
- Le sentiment d’inauthenticité pourrait influencer la perception des utilisateurs des réseaux sociaux.
Ce phénomène interroge la place de l’humain dans un monde où la technologie prend des décisions à notre place. Est-ce que l’expérience authentique d’un voyage, empreinte de souvenirs et d’émotions, peut vraiment se substituer à des images générées ? Dans cette quête de l’efficacité, ne perdons-nous pas de vue la richesse des échanges humains qui rendent chaque déplacement unique et précieux ? La réflexion est ouverte.

